Bonjour,
"11 septembre 2008 - Entrée à la clinique d'Orthez après une tentative de suicide et 2 semaines de sevrage à l'alcool. (... )Ici, il s'agit d'une cure de désintoxication. Le moral, quant à lui, est au plus bas. Envie de rien. Seulement de dormir et lire. Incapable de téléphoner à mes enfants. Aujourd'hui samedi : la déconfiture. Je pleure après avoir vu le psy, je n'arrive pas à parler à qui que ce soit. Ce soir au dîner, M. pète les plombs : elle hurle et quitte la table. 2mn après, F. fait un malaise. Choquée, je m'enfonce un peu plus dans ma léthargie. Comment ai-je pu perdre cette énergie qui m'était propre ?"
Ma deuxième descente aux enfers a été progressive elle aussi, mais la plus marquée par la souffrance dans tout mon parcours jusqu'à aujourd'hui. Et cela s'est traduit par un geste qui m'a toujours paru invraisemblable venant de ma part. Pourtant il a existé et s'est même reproduit 1 an plus tard...
Entre ma première hospitalisation en février 2007 et ma première tentative de suicide en août 2008, il y a eu 2 autres sevrages à l'alcool et 6 mois de déchéance. Le mot est fort mais très adapté. Me détruire, me voir glisser vers le bas lentement mais sûrement, sans pouvoir me retenir à quoi que ce soit.
Non pas parce qu'on ne me tendait pas la main, mais parce qu'il m'était impossible de tendre la mienne pour l'atteindre.
Mes forces physiques me quittaient : l'alcool poursuivait ses ravages sur mon organisme.
Mes forces psychologiques me quittaient elles aussi : l'alcool poursuivait ses ravages dans mon esprit en me laissant croire que je ne servais à rien, que je n'apportais que douleur, que rien de bien ne pouvais plus m'arriver,...
Ce 27 août 2008, alors que j'étais seule à la maison, et à 3 jours seulement du retour à une vie "normale" pour moi : c'est à dire entourée de ceux qui me sont le plus chers, j'ai continué de boire, mais en ajoutant des médicaments, beaucoup de médicaments...
Ca n'était plus l'absence des autres qui me pesait, c'était ma présence.
J'abandonnais : mon peu de croyance en la vie et en moi-même m'avait quittée. C'est avec les quelques forces qui me restaient pendant le début de mon "spleen", que j'ai écrit une lettre à mon entourage. Non pas une lettre d'excuses, plutôt une lettre pour expliquer que mon amour était là, mais qu'il ne suffisait pas pour effacer ma souffrance qui devenait absolument insupportable.
Je crois que ce jour là, j'ai vraiment voulu mourir. Je ne voyais plus d'autre issue, et il en fallait une.
La coïncidence ? Non. L'inquiétude lattente de mon fils ? Oui, je crois que c'est bien cela qui a interrompu mon voyage. C'est bien lui qui m'a sauvé la vie.
R. que je n'avais pas entendu rentrer (il vit à l'étage en dessous), a quant à lui, bien entendu ma chute sur le sol.
Urgences, centre hospitalier, puis Orthez...
"16 septembre 2008 - Il y a 3 semaines aujourd'hui, je faisais une T.S.. Je n'arrive pas encore à me dire que c'est une bonne chose de m'être ratée. Tout me fait peur dans l'avenir. Demain, il faut que je trouve la force de téléphoner à mes enfants."
"10 octobre 2008 - Le jour J approche : je suis impatiente de retrouver mes enfants, mais un peu peur de ce qui m'attend après. (...) Fin du voyage à Orthez, début d'un autre..."
Comme vous le remarquez sans doute, il y a beaucoup de "voyages" dans ces écrits. Pourquoi ? A vrai dire, je ne saurais pas répondre .
Comment je vois les choses aujourd'hui ?
Cette période de ma vie est marquée par la souffrance, la perte complète de lucidité, la culpabilité (ce que j'ai fait vivre à mon fils mérite un prochain article), qu'aujourd'hui j'attribue en grande partie - la dépression était bel et bien là -, et sans hésitation, à cette p... de maladie !
Avant, l'insupportable n'était plus supportable. Aujourd'hui : mon énergie est retrouvée, différente mais bien retrouvée. Pour moi tout est surmontable, même les mauvais moments. Car je suis libre de mes pensées et de mes actes !
Maintenant j'ai grandi, je sais que c'est difficile de vivre, et qu'il ne faut pas trop en vouloir à certains, plus fragiles, d'utiliser des "mauvais" moyens pour rendre supportable leur insupportable.
Jean Louis Fournier - Il a jamais tué personne, mon papa.
C'est lui qui l'a dit...
A bientôt